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Joint-Venture Sociale (1/3) : Le témoignage de Jean-Christophe Arnauné, Directeur d’Acces Inclusive Tech

By 19 février 2018 No Comments

Découvrez Access Inclusive Tech, première Joint-Venture Sociale spécialisée dans les métiers du numérique grâce au témoignage de Jean-Christophe Arnauné, Directeur d’Acces Inclusive Tech.

 

Quel est ton parcours, qu’est ce qui t’a donné envie de t’investir dans l’aventure Acces ?

J’ai un parcours en entreprise classique, de dix-huit années passées dans le conseil puis dans les télécoms. J’avais des activités très stimulantes, tournées vers l’international et avec une orientation de plus en plus marquée vers l’entrepreneuriat, mais progressivement j’ai eu envie de donner plus de sens à ce que je faisais et de servir autre chose qu’une seule marge financière. Il y a deux ans, j’ai ainsi décidé de bifurquer vers l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), avec deux idées en tête : rejoindre une structure en fort développement et capitaliser sur mes compétences business. J’ai ainsi rejoint Ares, une entreprise tremplin avec un ADN fort d’entrepreneuriat social et une grande proximité avec l’entreprise. Compte tenu de mon expérience dans le conseil et de mes envies de lancement d’une nouvelle activité, j’ai rapidement été en charge du projet Acces. Outre la mission sociale, c’était l’aspect innovant du partenariat à trois et du modèle hybride entre Ares, la Fondation Accenture et Investir&+, qui m’intéressaient tout particulièrement.

Quelle est la genèse du projet ?

Au départ, c’est une rencontre entre Bernard Le Masson, Président de la Fondation Accenture, et Thibaut Guilluy, DG d’Ares. Ils se sont dits rapidement qu’il serait intéressant de monter une Joint-Venture Sociale (JVS) ensemble. Ares avait déjà cette expérience des JVS et mesurait l’importance d’avoir un vrai partenaire business à ses côtés afin d’acquérir de nouvelles compétences métiers. Il y avait aussi l’envie d’Ares d’aller vers des métiers en tension, dans l’informatique et le numérique au sens large, afin d’offrir à nos salariés des parcours professionnalisants et des débouchés plus larges.

Ce qui a soudé l’initiative, c’est à la fois une conviction commune de faire du numérique un vrai facteur d’inclusion sociale, et la confiance partagée entre les deux partenaires.

Il y a eu ensuite une étude d’opportunité puis la préparation du lancement, pendant environ 15 mois, afin de concrétiser le projet.

Quels sont selon toi les avantages de l’association d’Ares et d’Accenture dans le cadre de ce projet ?

L’avantage est de combiner le meilleur des deux mondes : l’expertise d’Ares dans le recrutement, le management sur des prestations clients et l’accompagnement social de personnes fragiles, et le cœur de métier d’Accenture dans l’informatique et la gestion déléguée de services. L’innovation est d’arriver à combiner ces deux types d’expertises autour d’un même projet. Dans le monde « normal », la probabilité que ces expertises soient rassemblées dans une même structure aurait été très faible.

Qu’est ce qui a été le plus simple dans la création de ce partenariat ?

Depuis le début, tout est très fluide entre les acteurs, grâce à la proximité culturelle des structures et des personnes impliquées. Chez Ares, du fait de notre profil d’acteur du social business, nous sommes à la fois tournés vers le monde du social et vers celui des entreprises qui sont à la fois nos clients et nos partenaires. Côté Fondation Accenture, ce sont des consultants qui ont un vrai intérêt pour le domaine social et qui connaissent très bien le tissu et les enjeux de l’ESS. De chaque côté, les personnes impliquées sur le projet partagent cette double culture, entreprise et social. Pour moi, cela a été fondamental dans la compréhension mutuelle de nos enjeux et la réussite du projet à ce stade. Et l’arrivée d’Investir&+ dans le jeu, avec la casquette d’investisseur à impact, n’a en rien déstabilisé cet équilibre.

Et qu’est ce qui a été le plus compliqué ?

Afin de valider la création de la JVS, nous avons dû suivre les processus corporate juridiques et financiers d’Accenture, qui sont ceux d’une grande multinationale. Il a fallu s’adapter à ce temps qui n’est pas celui de la start-up ou de la PME.

Qu’est ce qui est selon vous spécifique à votre projet et ce qui au contraire pourrait s’appliquer dans d’autres partenariats ?

Notre première spécificité est de travailler avec une Fondation d’entreprise. Grâce à sa double connaissance des enjeux business et sociaux, la Fondation Accenture est un relai particulièrement efficace en interne d’Accenture pour pousser le projet et pitcher l’offre auprès des commerciaux. L’autre spécificité est qu’Accenture a inscrit l’innovation sociale dans ses axes stratégiques et, dans ce cadre, soutient un panel d’entrepreneurs sociaux. Avec Acces, c’est l’étape la plus avancée où la Fondation Accenture est directement actionnaire.

Au-delà de ses spécificités qui ont créé un terrain très favorable à Acces, il faut dans tous les cas un soutien fort du top management pour soutenir un tel projet. Pour Log’ Ins par exemple, une autre JVS d’Ares avec XPO Logistics, il n’y avait pas de Fondation dans la boucle mais il y avait ce sponsorship fort en interne.

Selon toi, de quoi ont besoin les entreprises sociales aujourd’hui pour développer leur impact et changer d’échelle ?

Les besoins pour changer d’échelle vont dépendre du modèle de chaque entreprise sociale. Il faut donc comprendre où sont les goulets d’étranglement dans le modèle.

Pour Acces, par exemple, un de nos enjeux est sur le recrutement des encadrants techniques, qui ont un double rôle de chef de mission et de management de publics fragiles. Nous cherchons donc des moutons à cinq pattes et nous devons développer des solutions originales pour sourcer les bons profils. Acces étant encore en phase de démarrage, nous n’avons pas encore mis notre modèle sous tension et peut-être que demain nous identifierons d’autres goulets.

Plus généralement, avoir des partenaires solides, métiers et financiers, me semble être un facteur clé de succès dans un changement d’échelle. En ce sens, avec la Fondation Accenture et Investir&+, Acces est déjà bien préparé !

Après ces quelques mois d’activité, quel est le premier bilan de l’activité d’Acces et quelles sont les prochaines étapes pour vous ?

Notre première prestation a commencé en novembre 2016. Le premier bilan est vraiment positif, nous sommes sur la trajectoire que nous nous étions fixée tant d’un point de vue social, sur le nombre et les profils des salariés recrutés, que d’un point de vue business. Aujourd’hui, nous avons 3 clients et 12 salariés en insertion. Notre objectif est d’avoir 25 salariés en insertion à fin 2017, le double fin 2018, et d’avoir les prestations en face pour les faire travailler.

A court terme, la prochaine étape pour 2017 est de lancer notre propre plateforme de production, qui nous permettra de fournir des prestations à distance pour nos clients, tout en élargissant le profil des publics que nous accompagnons.

Ta plus grande fierté de ces premiers mois ?

Il y en a deux ! La première grande joie était quand nous avons démarré la première prestation et que nous avons fait la première session de recrutement. Le projet devenait enfin réalité avec les visages des premiers salariés en insertion recrutés par Acces.

L’autre grande satisfaction est d’avoir autant de personnes qui, d’une façon ou d’une autre, soutiennent Acces : l’équipe d’Acces elle-même, Ares, Accenture et sa Fondation, Investir&+ et nos clients. C’est une grande chance d’avoir autour de ce projet autant d’énergie et de compétences mobilisées !

Des conseils à une association qui souhaiterait développer un projet similaire ?

Sur le modèle de la Joint-Venture Social, mon principal conseil serait d’aller voir l‘initiative Socialcobizz dont font partie Investir&+ et Ares et dont le but est de promouvoir le modèle des JVS et de capitaliser sur un pack méthodologique.

La spécificité d’Acces est d’être sur un modèle de social business, l’Insertion par l’Activité Economique, qui est déclinable sur un grand nombre d’activités business. L’enjeu pour d’autres associations serait de construire des JVS sur autre chose que l’insertion et là je pense qu’il y a beaucoup de choses à inventer. Il faudra que les partenaires soient créatifs sur la définition du modèle économique, la proposition de valeur et la combinaison des expertises. Il faudra des partenaires ouverts et capables de tourner le rubik’s cube dans tous les sens !

Une pensée qui résume le projet pour toi et que tu aimerais transmettre à nos lecteurs ?

A mes yeux, l’expérience d’Acces, et plus généralement des Joint-Ventures Sociales et des entrepreneurs sociaux, est une belle promesse pour l’avenir. Le modèle de Joint-Venture Sociale est très abouti et extrêmement intéressant car il arrive à marier des domaines qu’on aurait pu croire jusqu’ici inconciliables. Cela me rend optimiste sur la capacité de nos sociétés et de nos entreprises à savoir conjuguer des impératifs économiques avec un impact sociétal réel. C’est pour moi une source de fierté et d’optimisme !