Le développement des nouvelles technologies a été tellement rapide et important durant les dernières décennies que nous sommes aujourd’hui pleinement dans l’ère du numérique. Mais, pendant assez longtemps le numérique n’a pas spécialement été mis au service du changement social. C’est donc assez récemment que se sont développées des initiatives qui mettent la technologie au coeur des solutions à des problématiques sociales et économiques. L’hémisphère sud du continent américain n’est pas l’exception. Ainsi, des fonds internationaux comme locaux investissent massivement dans des initiatives innovantes et facilement scalables, notamment des applications mobiles qui proposent des outils variés pour les personnes les plus défavorisées.

Au Chili et en Argentine, une forte vague de migration provenant d’autres pays d’Amérique Centrale et du Sud (Haïti, Venezuela, Colombie) a compliqué le processus de régularisation migratoire et l’insertion dans le marché du travail formel des nouveaux arrivants. Par conséquent, plusieures startups ont commencé à proposer des solutions tels que des systèmes d’information en temps réel sur les démarches administratives pour demander un permis de séjour ou des services d’interprétariat en ligne pour les Haïtiens qui ne parlent pas l’espagnol mais le créole.

On retrouve des startups innovantes comme celles-ci dans tous les pays et pour presque toutes les problématiques sociales auxquelles chaque pays fait face. En revanche, proposer des solutions numériques standardisées et finalement assez lointaines des bénéficiaires n’est pas la panacée. Il semblerait qu’une solution numérique seule ne soit pas toujours suffisante pour soulager les personnes à “la base de la pyramide”.

Les civic tech aident à rapprocher les personnes dans le besoin et les gouvernements et permettent ainsi de concevoir des politiques publiques plus proches de leurs besoins réels. En Amérique Latine, les civic tech sont en pleine apogée et Fondo Acelerador de Innovaciones Civicas, né d’un partenariat entre Omidyar Network et Fundación Avina, est le plus grand financeur de ces initiatives. Depuis 2013, plus de 2,3 millions de dollars ont été investi dans environ 26 projets de civic tech dans plusieurs pays à travers ce fonds. L’année dernière ces deux organisations ont à nouveau travaillé ensemble et ont ouvert le Latin American Alliance for Civic Technology pour financer 20 autres initiatives avec 3,5 millions de dollars[1]. Une initiative comme “Ni una menos[2], mouvement de la société civile qui lutte contre les féminicides dans la région, fait égaement appel à des outils civic tech pour engager plus de personnes et créer un espace sûr pour les femmes victimes[3].

Le Fondo Acelerador de Innovaciones Cívicas fait particulièrement attention à la capacité des projets civc tech à connecter les applications online avec leurs processus offline. Il cherche à trouver les projets civic tech capables de mettre en place un processus collaboratif, c’est-à-dire des plateformes qui permettent l’implémentation et l’amélioration d’actions, pratiques et politiques publiques qui contribuent grandement à l’amélioration de la qualité de vie des citoyens.

 

Selon l’Omidyar Network, la civic tech a eu un grand succès en Amérique Latine. D’une part, car il existe une forte tradition de participation civique et de préparation des budgets participatifs. En témoigne l’initiative Open Govenment Partnership, “initiative multilatérale qui vise à garantir des engagements concrets des gouvernements afin de promouvoir la transparence, d’habiliter les citoyens, de lutter contre la corruption et d’exploiter les nouvelles technologies pour renforcer la gouvernance”[4] dont fait partie la plupart des Etats de la région. D’autre part, car il existe une grande utilisation des téléphones portables dans la région, avec, dans certains pays, plus d’un téléphone par personne.

Il faut finalement noter qu’il reste encore beaucoup à faire. Les sociétés latino américaines sont fortement inégales et l’État est encore loin de pouvoir fournir tous les services de base et protéger ses habitants de l’insécurité et de la criminalité. Les projets de civic tech doivent chercher à couvrir des thématiques comme la diminution de la corruption et la promotion de la transparence, ainsi que l’amélioration des services fournis par l’Etat. L’apport de ces projets pour engager davantage la société civile et encourager l’Etat à être plus efficace est clé pour permettre le développement économique et sociale de cette région.

Par Antonela Racca
antonelaracca@gmail.com
CEO socialxchange 

 

[1] Forbes, “$3.5M Fund To Boost Civic Tech Ventures In Latin America”, Anne Field. Février 2017.

[2] BBC, “#NiUnaMenos: miles de mujeres se toman las calles de América Latina para exigir el fin de la violencia de género”. Octobre 2016.

[3] Open Heroines. “Safe Spaces in the Latin American Civic Tech Ecosystem”. Decembre 2017.

[4] https://www.opengovpartnership.org