La santé en Afrique demeure un sujet de grande préoccupation. Les perspectives d’évolution démographique du continent ne manquent pas de susciter intérêt et inquiétude. En dépit des avancées indéniables et des moyens mis en place pour répondre aux énormes besoins, il est plus que jamais nécessaire de poursuivre les efforts, notamment au plan financier, et d’imaginer de nouvelles formes de fournir les services indispensables à des populations dont une grande partie est particulièrement vulnérable. La plupart des pays consentent des efforts notables pour améliorer la situation du secteur. Toutes les grandes institutions de développement internationales comme celles de la coopération bilatérale contribuent massivement, beaucoup dans le cadre de l’aide publique au développement (APD). De même, de nombreuses fondations privées et des myriades d’ONGs apportent un concours important, tant en quantité qu’en qualité. Les progrès sont réels, comme en témoignent de nombreux indicateurs : durée de vie, taux de mortalité infantile, recul de grandes endémies, etc. On peut bien sûr attribuer une partie de ces progrès à la mise en place de mesures liées aux Objectifs du Développement Durable (ODD), une étape particulièrement heureuse et pertinente décidée à la suite de ce qui avait déjà été accompli par le biais des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Tout ceci est louable et ne peut qu’inciter à poursuivre les efforts entrepris depuis près de vingt ans.

Pourtant, on ne peut manquer de noter que tous ces moyens et instruments mis en place, de même que les politiques publiques n’arrivent pas à donner les réponses définitives aux multiples défis qui continuent d’affecter le continent africain. De fait, aucun pays au monde, quelle que soit sa richesse, n’a pu garantir à l’ensemble de sa population un accès immédiat à toutes les technologies et interventions pouvant améliorer la santé ou prolonger la vie (OMS 2010). Dans les pays les plus pauvres, peu de services sont disponibles pour tous.

Il y a lieu bien sûr d’observer de grandes disparités dans la nature des défis, les traitements des problèmes, et les résultats obtenus. Ceci est dû en partie à la diversité des situations dans les pays concernés. Ici il s’agit de carences dans les moyens financiers mis en place. Là c’est  l’inefficacité des moyens institutionnels. Là encore, ce sont des politiques insuffisamment adaptées.

Deux observations peuvent s’avérer pertinentes sur le sujet. D’abord, les traitements en matière de santé ont été dans le passé largement le fait des pouvoirs et des financements publics. Bien sûr on note ici et là la présence accrue du secteur privé, et comme mentionné ci-dessus, celle des organisations non gouvernementales, locales, nationales et internationales. Mais tous ont comme caractéristique de se pencher presque exclusivement sur la problématique des populations les plus défavorisées. Les stratégies des grandes organisations de développement sont focalisées sur la réduction de la pauvreté et ont donc tendance à privilégier les couches de population les plus pauvres et les plus vulnérables. Rien de répréhensible à cela. Malgré tout, et c’est la deuxième observation, on en arrive à négliger quelque peu les populations au dessus du seuil de pauvreté, mais n’ayant pas nécessairement la capacité de faire appel à des services de santé de qualité, offerts par exemple par le secteur privé.

D’un côté, des populations pas assez pauvres pour bénéficier des services publics ou privés gratuits offerts par les systèmes nationaux de couverture médicale et ceux offerts par les partenaires extérieurs privés comme publics. Et de l’autre, des populations n’ayant pas les moyens de payer pour des services privés de bonne qualité, comme peuvent le faire les populations beaucoup plus aisées ayant accès aux hôpitaux ou cliniques privées que l’on trouve dans toutes les grandes capitales africaines. A un moment où l’on se rend compte de l’importance croissante d’une classe moyenne africaine, élément clé de levier pour le développement de nombreux pays, il est regrettable d’observer une carence réelle des moyens mis à sa disposition en matière d’accès aux services de santé.

Toutes ces questions ne sont pas nouvelles. Un numéro encore récent (2013) de la revue Secteur Privé et Développement de Proparco, la filiale secteur privé de l’Agence française de développement, donnait déjà une vision très complète des défis et des opportunités, permettant de conclure aux possibilités offertes par le secteur privé de contribuer à améliorer les systèmes de santé des pays en développement. Les observations et recommandations évoquées dans cette revue sont toujours aussi pertinentes, notamment la conclusion éditoriale exprimée par le professeur Jean-Claude Barthélémy de la Sorbonne : « Le secteur privé peut et doit participer à l’indispensable effort d’investissement. Qu’il s’agisse de fourniture de médicaments, de soins ambulatoires ou même d’hospitalisation, des initiatives innovantes du secteur privé, parfois en partenariat avec des bailleurs de fonds publics, contribuent à développer une offre de services de santé de bonne qualité à des prix abordables. On ne peut toutefois pas compter dans ce domaine sur une stratégie du tout-privé. Il est indispensable que les Etats réglementent et encadrent les pratiques du secteur privé (note personnelle : encore faut-il qu’ils en aient la capacité, ou du moins il y a beaucoup à faire pour les y faire parvenir…), et interviennent au niveau du financement des dépenses de soins de la population non solvable ».

Dans une modeste mesure au vu des besoins gigantesques, Investisseurs & Partenaires contribue de manière effective à démontrer la faisabilité et la viabilité de la participation du secteur privé dans plusieurs domaines spécifiques du secteur en Afrique sub-saharienne, par ses investissements et son accompagnement. A titre d’exemples, on peut citer celui de soins médicaux et chirurgicaux (la clinique Nest à Dakar, dédiée à la fourniture de soins et services à la femme et à l’enfant) ; ou celui de la production et distribution de produits pharmaceutiques (la société CAMED à Bamako, distributrice de médicaments génériques) ; ou encore la production de produits utilisés en milieu hospitalier (la société Pharmivoire Nouvelle en Côte d’Ivoire, productrice de solutés intraveineux – cette dernière a fait l’objet d’un article dans la revue Secteur Privé et Développement No 28 en 2018, confirmant que « la production locale de produits pharmaceutiques est une alternative réaliste, durable et viable aux enjeux d’accessibilité, mais nécessite un soutien des pouvoirs publics pour se développer »).

Mais attention. L’expérience accumulée par I&P dans ce domaine invite à la réflexion. La combinaison fourniture de services de santé et secteur privé ne s’improvise pas. Les motivations des uns (les médecins) et les exigences et contraintes des autres (les investisseurs et entrepreneurs du privé), ne sont pas toujours compatibles. Prudence vis-à-vis des médecins et chirurgiens qui se déclarent compétents pour gérer eux-mêmes un cabinet médical ou un hôpital. A l’inverse, un excellent gestionnaire ne fait pas nécessairement un bon fournisseur de services de santé. Chacun à sa place devrait être le mot d’ordre, de même que la recherche des meilleures complémentarités et des mécanismes indispensables de communication entre deux mondes souvent bien différents.

 Par Olivier Lafourcade – Président du Conseil d’Administration, IPDEV (Investissseurs et Partenaires)

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