Relais étranger

Collaborer pour répondre à un besoin pour les populations moins favorisées: Nutri’zaza à Madagascar

By 19 février 2018 No Comments

Dans un numéro précédent de la Newsletter d’Investir &+ était présenté le cas de la Laiterie du Berger au Sénégal. Ce cas fameux illustrait la formule gagnant-gagnant de l’association d’une entreprise commerciale à fort impact social (la Laiterie) avec un investisseur d’impact (Investisseurs et Partenaires), que rejoignent ultérieurement un partenaire stratégique (Danone Communities) et une fondation à but social (Grameen Crédit Agricole). Ce n’est pas le seul cas dans le portefeuille d’entreprises comptant de l’appui de I&P. A Madagascar, Nutri’zaza a créé un nouveau modèle économique, pour passer du statut d’ONG à celui d’entreprise sociale. Une belle histoire de l’évolution d’un projet d’une ONG qui devient une véritable entreprise. L’impact potentiel de l’entreprise sur ses clients est considérable, mais l’instauration et le maintien d’un mode de gestion qui concilie impact et viabilité économique restent un défi permanent.

Le GRET, une ONG internationale bien connue, spécialiste du développement solidaire, actif à Madagascar depuis vingt ans, lutte contre la malnutrition infantile. En 2002, il met en place un projet économique et social innovant avec l’entreprise malgache Taf : la mise sur le marché d’un aliment de complément pour nourrissons et très jeunes enfants, respectant tous les paramètres de la recherche internationale sur la nutrition infantile, la Koba Aina (« farine de la vie » en malgache). Composée de produits locaux, elle est conçue pour la base de la pyramide, constituée de familles défavorisées, dont 50% des enfants de 6 à 24 mois[1] souffrent de malnutrition chronique, soit 500 000.

Plutôt que de distribuer gracieusement ce produit, le Gret a fait le choix d’une solution viable dans la durée, respectueuse de la dignité des populations : la commercialisation à bas prix, rendant le produit accessible à près de 90% des familles malgaches. Toutefois, afin de répondre aux besoins des populations indigentes, de l’ordre de 10%, 15% de la production de Koba Aina est distribuée à des coûts préférentiels à des organisations de la société civile prenant en charge les enfants.

Pour préparer et distribuer la Koba Aina en ville, le Gret reprend l’idée du restaurant pour adultes en l’adaptant aux jeunes enfants. Ainsi nait le réseau de restaurants pour bébés (« hotelin-jazakely » en malgache) qui commercialise la Koba Aina sous la forme d’une bouillie prête à consommer ou en sachet. Les hotely sont installés dans les quartiers pauvres des villes sur des terrains mis à disposition par les communes. C’est dans des petits bâtiments jaunes et verts que les mères et leurs jeunes enfants sont accueillis par des animatrices qui leur prodiguent des conseils nutritionnels. Les animatrices font également des tournées dans les quartiers pour proposer de la Koba Aina et délivrer des messages d’éducation nutritionnelle. En 2013, 40 hotelin-jazakely, installés dans quatre villes et six régions ont distribué 170 000 repas par mois.

 

Du projet d’ONG à l’entreprise sociale

A l’issue de la phase d’expérimentation, le changement d’échelle est indispensable. Après avoir envisagé plusieurs solutions, l’idée de créer une entreprise pour étendre et pérenniser le dispositif s’est imposée. Elle a pour effet de replacer la viabilité économique au cœur du projet, d’attirer les ressources humaines et financières nécessaires et de mettre en place une gouvernance bien adaptée. Mais une logique d’entreprise axée sur la maximisation des profits pour les seuls actionnaires se traduirait par un risque de dérive commerciale, au détriment de l’accessibilité du produit pour les populations pauvres. Le modèle de l’entreprise sociale, qui cherche à concilier impact économique et impact social semble être la solution. En 2013, le Gret, avec quatre autres actionnaires, Taf, la Sidi, I&P Développement et l’Apem, a créé Nutri’zaza, un modèle adapté au contexte, permettant de garantir la viabilité économique tout en préservant le mandat social dans la durée. Pour assurer le changement d’échelle, l’extension du réseau de distribution s’effectue autour des axes suivants :

  • Le développement du réseau de Hotelin-jazakely pour améliorer l’accessibilité de la Koba Aina, avec la construction de 60 restaurants supplémentaires dans des quartiers pauvres, et une implantation dans 25 autres communes, pour 200 nouveaux emplois d’animatrices.
  • Pour couvrir d’autre zones, l’ouverture de deux nouveaux circuits de distribution de la Koba Aina : les épiceries et commerces alimentaires d’une part, les associations qui s’adressent à des populations défavorisées d’autre part.

A terme, 75% de la Koba Aina devraient être diffusés au travers des hotely, 15% par les organisations de la société civile et 10% par des épiceries et commerces.

La participation financière d’I&P à ce projet de transformation en entreprise s’est faite au travers d’I&P Développement, actionnaire à hauteur de 22%. Ce projet s’inscrit dans la logique d’ « impact first » de cet instrument, qui cherche à atteindre le segment des entreprises africaines les moins bien desservies financièrement, à savoir les plus petites PME, et/ou les entreprises les plus risquées.

I&P a souhaité promouvoir l’instauration d‘une politique sociétale, en appui à l’objectif social de l’entreprise. Par ailleurs, un comité d’éthique a été créé en juillet 2013, avec des membres indépendants de Nutri’zaza : représentants des communes, de l’ONN (Office national de la nutrition), de médecins, etc. Ainsi s’est installé un dialogue avec les parties prenantes permettant d’apporter les éléments nécessaires pour concevoir un outil de suivi et d’évaluation d’indicateurs sociaux, en soutien aux travaux de ce comité indépendant.

La clé dans ce genre d’entreprise novatrice est évidemment la mesure de l’impact, de même que la mise en place de systèmes d’évaluation permanente. A cet effet, il convient de noter que Nutri’zaza a fait l’objet d’une évaluation d’impact à 360°  en septembre 2014 ainsi que d’une évaluation de sa performance sociale à partir de la grille « Social Business » élaborée par CERISE.

Nutri’zaza est un bel exemple de coopération et de collaboration entre de multiples partenaires, dont les représentants de la société civile, pour un objectif commun d’amélioration sensible de la situation de populations en situation de précarité.

[1] Source : enquête EDSM IV 2008-2009

 

Olivier Lafourcade

olivierlafourcade@yahoo.com

Investir&+

Author Investir&+

More posts by Investir&+

Leave a Reply

dix-sept − sept =