Investir&+ s’est demandé si l’eau était une problématique à adresser en France. En effet, on réserve souvent les problématiques de l’eau à son accès, sa disponibilité et à sa qualité dans les pays en voie de développement.

 

La France consomme-t-elle plus que ce lui permet le renouvellement de ses réserves d’eau ?

Chaque jour, un(e) Français(e) consomme en moyenne 165 litres d’eau. Ce chiffre s’élève à 4 165 litres si l’on parle d’ « empreinte eau » journalière, c’est-à-dire toutes ces consommations d’eau invisibles liées à nos objets, à notre alimentation et aux transports que nous utilisons. Cette consommation est inférieure à celle d’autres pays (ie Etats-Unis, Japon, Chine…). Néanmoins, si l’on peut penser en premier lieu que nos réserves d’eau se renouvellement suffisamment pour satisfaire cette consommation, la France est en fait déficitaire en termes d’approvisionnement de son eau. Ainsi, 47% de l’empreinte eau française c’est-à-dire l’empreinte eau des produits consommés à l’étranger et produits en France, vient de l’étranger, et la France est déficitaire de 12,8 milliards de m3 par an (étude WWF France).

Au-delà des consommations domestiques de l’eau, qui compte pour 24% de la consommation d’eau française, c’est l’agriculture qui figure en premier poste de consommation (pour 38%), puis la production d’énergie (22%). En période d’étiage (été), l’agriculture représente jusqu’à 79% de cette consommation.

En cas de pénurie d’eau, on comprend qu’à long terme que se poseront des questions de partage de l’eau. En 2019, déjà, le ministre de la transition écologique et la secrétaire d’état ont présenté un projet de loi d’une tarification de l’eau plus élevée en été qu’en hiver. Cette solution pour éviter les gaspillages estivaux interroge sur l’accès égal à l’eau pour les plus précaires.

 

Le gaspillage de l’eau, une problématique de réseaux ?

En 2013, en France, le réseau de distribution d’eau potable était évalué à 996 000 kilomètres de conduites. Chaque année 1 500 milliards de litres d’eau potable sont gaspillés à cause de fuites dans ces canalisations en France, soit 1 litre sur 5 (Chiffres 2016 de l’Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement et étude 2019 de la Fédération des Entreprises de l’Eau (FP2E)), un chiffre non négligeable alors que les risques de pénurie d’eau sont craints par 67% des Français(e)s. Depuis 2013, le Grenelle II donne pour objectif aux collectivités de limiter le taux de fuite à 15%, mais ces travaux requièrent beaucoup de moyen d’infrastructures et financiers, et le zéro fuite est inatteignable. Une autre solution innovante consiste à mettre en place un système de surveillance en continu qui permet de détecter de façon réactive les fuites.

 

Y-a-t-il un problème de qualité de l’eau en France ?

L’eau du robinet est en France l’aliment le plus contrôlé avec près de 70 critères de qualité pris en compte lors de sa potabilisation. Néanmoins, on sait que 92% de nos cours d’eau contiennent des pesticides, et qu’en 2017 leur concentration dépassait les normes définies pour l’eau potable dans la moitié des cours d’eau français. Or, la contamination des eaux, plantes et insectes implique une contamination sur l’ensemble de la chaîne alimentaire.

 

En outre, si la plupart des pesticides retrouvés dans l’eau le sont à des doses considérées non-dangereuses, c’est à-dire si l’on considère ces molécules une par une, les effets cumulés de plusieurs molécules créent un « effet cocktail », soupçonné de causer cancers, maladies respiratoires, maladies cardiovasculaires, etc (Documentaire « Notre poison quotidien », Marie-Monique Robin). D’autres polluants dits d’ « intérêt émergent », comme les microplastiques, micropolluants, résidus médicamenteux, sont aussi pointés pour leurs effets sur la santé et sur l’environnement. On sait aujourd’hui que la majorité de nos stations d’épuration ne traitent pas ces micropolluants et que ceux-ci se retrouvent dans nos milieux après leur rejet (Étude sur l’impact des micropolluants en sortie de station d’épuration, Étude sur les conséquences des micropolluants rejetés dans les eaux usées , par le Synteay et l’INRAE).

 

Changement climatique et eau : la raison de nos maux ou leur exacerbation ?

Les deux problématiques de pression sur la ressource eau et de pollutions sont exacerbées par les conséquences du changement climatique. Durant les étés 2019 et 2020, c’est 77% du territoire français qui a été soumis à des restrictions d’eau et près de 94% des départements français ont fait face à des cours d’eau asséchés de fin mai à fin septembre 2019. En 2019, sept communes de Corrèze ont dû être alimentées en eau potable par des camions-citernes, car face à la sécheresse, les captages en profondeur ne suffisaient pas pour alimenter tout le territoire. On estime que plusieurs centaines de milliers d’habitants risquent, en France, des pénuries d’eau potable plusieurs semaines ou mois par an à partir de 2050.

Parallèlement à cela, c’est tout le cycle de l’eau qui est perturbé. La France est de plus en plus sujette aux accidents climatiques hydriques dits « extrêmes », ie sécheresses, crues, grêles, violents orages… Dès 2050-2060 les sécheresses « exceptionnelles » qui arrivaient auparavant une année sur trente devraient se produire désormais une année sur deux.

L’augmentation de la température a elle aussi une incidence sur la qualité de l’eau : qui dit moins d’eau dit concentrations plus fortes en polluants, et qui dit augmentation de la température de l’eau dit augmentation de la prolifération de bactéries et altération du PH de nos eaux, les rendant plus difficiles et coûteuses à traiter.

 

Conclusion

Vous l’aurez compris, la France ne fait pas exception en termes d’enjeux de protection de ses réserves d’eau et de leur qualité. Au-delà des consommations domestiques, nous devons repenser nos modèles de production, tant agricoles qu’industriels, et promouvoir une « sobriété aquatique » pour diminuer la pression sur cette ressource vitale et continuer de garantir à tous et à toutes un accès à une eau de qualité.

 

Cartographie de l’état actuel des choses

Nous avons recensé les innovations, portées par des start-ups et des associations, centrées autour de la ressource eau. Ces innovations sont résumées dans la cartographie ci-dessous. Vous connaissez une innovation, portée par une startup, qui n’apparaitrait pas dans notre cartographie ? N’hésitez pas à la partager ici , nous mettrons à jour cet article régulièrement.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à consulter ici l’interview que nous avons mené de Cédric Fisson, chargé de mission « analyse du risque et indicateurs » au sein du GIP Seine Aval. 

 

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